Letterlijk: De kritiek van Laurette Onkelinx op het regeerakkoord

15/10/14 om 12:18 - Bijgewerkt om 12:18

Als leidster van de oppositie mocht Laurette Onkelinx het debat over de regeerverklaring op gang trappen. Lees hier haar volledige tussenkomst.

Letterlijk: De kritiek van Laurette Onkelinx op het regeerakkoord

Laurette Onkelinx (PS) © BELGA

Dit is de integrale toespraak van Laurette Onkelinx zoals die ook hier terug te vinden is op de website van de PS.

Monsieur le Président,

Monsieur le Premier ministre,

Mesdames et Messieurs du gouvernement,

Chers collègues,

J'ai l'intime conviction que notre pays rentre dans une nouvelle zone de turbulence.

L'histoire de Belgique n'est certes pas un long fleuve tranquille.

Elle a été secouée par des rapports de pouvoir et de domination tels qu'ils lui ont laissé des cicatrices à fleur de peau.

Les dernières années, face aux revanchards nationalistes, nous avons construit des réponses qui ont uni Francophones et Néerlandophones, pour donner une nouvelle chance à ce pays, pour l'apaiser, pour le sécuriser.

Avec ce gouvernement, j'ai la conviction que vous faites tout simplement marche arrière.

Pourquoi ? Pour quelle raison avez-vous offert les clés du pays aux nationalistes ?

Ensemble, nous avions rendu impossible un nouveau gouvernement axé sur les changements institutionnels. La liste des articles de la Constitution à réviser avait été conçue pour cette raison.

Les yeux dans les yeux, face à la population, pendant la campagne électorale, sachant que le futur gouvernement serait uniquement socio-économique, vous avez déclaré que vous n'iriez jamais avec la NVA.

Personne ne vous a forcé à dire ça, à faire cette déclaration.

C'est vous qui avez mis votre honneur, votre engagement dans cette déclaration, tant au sud qu'au nord du pays.

Où est cet honneur, où est le simple respect des engagements, de la parole donnée ?

Monsieur le Premier Ministre, vous avez en outre distillé le poison communautaire dans le déséquilibre même de la composition du gouvernement.

Qu'on en juge :

1. Ce gouvernement va avoir la confiance de 3 x plus de députés néerlandophones que de députés francophones.

Et dans cette majorité, les nationalistes pèsent à eux seuls- à eux seuls !- largement plus que l'ensemble des francophones.

L'inquiétude n'est pas compensée par la présence d'un des leurs à la tête de cette équipe.

Quelles que soient ses qualités par ailleurs, Charles Michel est le premier ministre que les partis flamands de la majorité ont choisi.

De ce fait, on a du mal à voir dans sa nomination de premier ministre une forme de compensation. On a au contraire le sentiment qu'elle illustre aujourd'hui notre faiblesse : nous, francophones, nous ne choisissons plus nous-mêmes ceux qui parlent en notre nom...Et ça c'est une gifle et même plus, un mépris des francophones

2. Bien sûr, nous ne remettons pas en cause le fait que ce gouvernement soit constitué dans le respect des règles de la démocratie.

Mais il y a la loi et l'esprit de la loi.

Prenez la parité au sein du conseil des ministres qui a été introduite en 1970.

Pourquoi cette parité alors qu'existe la règle du consensus ?

Pourquoi, si ce n'est de permettre à chacune des communautés d'être largement représentées dans ses choix, dans ses valeurs, dans ses priorités.

Le MR, c'est 25% de la représentativité francophone. Une proie facile que l'on pourra jeter au gré des circonstances. Vous avez bafoué un des grands compromis de l'Histoire.

3. Le déséquilibre vient aussi dans la répartition des postes ministériels.

Rien d'étonnant à ce qu'un ministre NVA veuille l'Intérieur... C'est toujours comme cela que commence la prise de pouvoir des nationalistes, qu'ils soient de gauche ou de droite.

Mais là, vous avez donné aux nationalistes l'armée, la police, la fonction publique, la sécurité d'Etat.

Ca fait froid dans le dos.

Surtout que la personnalité de certains de vos ministres est très inquiétante.

Chaque jour les masques tombent un peu plus.

Lundi, pour Jan Jambon, votre vice-premier ministre, les collaborateurs avaient leurs raisons. On peut comprendre, on peut donc expliquer dit-il que des Belges aient fait cause commune avec les nazis. Croyant corriger le tir, il s'enfonce : la collaboration est une erreur historique. Une erreur. Une erreur, tout le monde en fait et une erreur, une simple erreur est généralement pardonnée. ?

La collaboration n'est pas une erreur, c'est une ignominie, une ignominie absolue car il est ignoble de prendre fait et cause pour ceux qui sont responsables de l'holocauste et qui ont foulé aux pieds toutes nos valeurs.?Et c'est à cet homme-là qu'on donne l'intérieur.

Mardi, on apprend la présence de Monsieur Francken à une petite fiesta organisée à l'occasion de l'anniversaire d'un collaborateur notoire, d'un ancien du front de l'est, d'un leader d'une milice privée nationaliste.

Le bruit des bottes résonne dans le gouvernement du pays et c'est avec effroi que l'on constate que c'est celui-là, homophobe de surcroit, qui va s'occuper d'asile et d'immigration.

Mercredi, nouvelles révélations parues dans le groupe Sud Presse, toujours relatives à M. Francken.

Votre secrétaire d'Etat, figure éminente de la NVA, a selon ses révélations envoyé en juillet 2007 et juin 2008 plusieurs mails en sa qualité de membre et leader d'un VNV. Dans ces mails, adressés notamment à Liesbeth Homans, bras droit de Bart de Wever, il appelle à se réunir pour définir les grandes lignes de la gestion et notamment de la fin de la Belgique. Il menace les membres si l'un d'eux osait parler, il les menace d'une balle ou ... j'ose à peine répéter ses propos ... tant ils sont honteux ... une nuit avec un homosexuel.

Voilà, Monsieur le Premier Ministre, ceux avec qui vous vous êtes associés !

Jamais, contrairement à ce qu'ils ont affirmé, jamais la NVA n'a eu l'intention de jouer le jeu fédéral. Depuis le début, son objectif reste inchangé.

Fidèle à son ADN, elle entend poursuivre l'objectif qu'elle s'est toujours fixé dans ses statuts, détricoter notre pays. Et sa participation au pouvoir a pour objectif de le lui permettre. Par ailleurs, ses récentes déclarations, les récents événements, le verbe encore ici de M. Francken tendent à démontrer que la plupart des leaders de ce parti sont loin de partager les valeurs qui sont les nôtres.

Lorsque vous estimiez qu'il y avait chez eux des relents racistes, vous aviez raison !

Mettez de l'ordre dans votre gouvernement, Monsieur le Premier Ministre. Arrêtez de vous taire. Car lorsque sont en jeu de tels symboles, le silence est un renoncement, une faute.?

Ces personnes ne sont tout simplement pas dignes d'exercer les hautes responsabilités que vous leur avez données.

J'attends de vous des actes clairs pour conserver intacte notre démocratie.

J'attends de vous que vous leur demandiez de remettre leur démission.

Je reviendrai évidemment sur ces faits en réplique à votre réponse.

L'alternance en politique, c'est démocratique.

On est parfois dans la majorité, parfois dans l'opposition au gré du choix des électeurs.

Par contre accepter tout pour être au pouvoir, Monsieur le Premier Ministre, c'est une attitude bien peu respectable.

Mes chers collègues, il est une autre marche arrière reflétée dans la composition du gouvernement : c'est la place des femmes !!

Elles ne sont pas nombreuses dans votre équipe mais avouons que ce n'est pas le seul gouvernement ainsi constitué.

Par contre, depuis 15 ans, les femmes sont représentées au kern, c'est à dire au coeur du dispositif gouvernemental.

Ici je ne vois aucune femme du nord, du centre ou du sud qui soit vice première.

Cela me choque et là aussi Monsieur le premier ministre, vous en portez la responsabilité. On peut reprocher beaucoup de choses à Monsieur Juncker mais il a su taper du poing sur la table pour que les femmes soient massivement présentes avec de belles responsabilités dans sa Commission.

Ici, vous n'avez manifestement eu aucune influence au-delà de votre groupe !!

Mesdames et Messieurs,

Je ne suis pas une excitée communautaire, et comme socialiste, la question sociale est au coeur de mes préoccupations comme celles de tout mon groupe.

Si nous allons refuser la confiance à ce gouvernement, si nous allons dénoncer sa politique, si nous allons combattre son action par tous les moyens que nous offre notre état de droit, ce n'est pas seulement parce que sa composition est bancale, c'est parce que son projet politique l'est aussi.

Un projet politique bancal et injuste.

Il frappera de plein fouet tous les travailleurs de ce pays. Peu importe qu'ils parlent français, néerlandais ou allemand, ces travailleurs seront tous les victimes de la régression sociale qui s'annonce. Et c'est pour les défendre tous que nous nous allons nous battre. Nous sommes d'ailleurs convaincus que les travailleurs de ce pays vont se retrouver dans la résistance à ce gouvernement.

Mesdames, Messieurs, chers collègues,

Pour demander la confiance, la majorité adopte des accents churchilliens. La situation est grave - la compétitivité de nos entreprises, la soutenabilité de notre système social - tous les clignotants sont négatifs et nous devrions d'urgence nous mobiliser pour éviter à la Belgique la déchéance à laquelle nous condamnerait l'inaction.

La majorité se pose ici dans le rôle d'un capitaine prêt à tout pour éviter le naufrage de son navire et qui en appelle à la lucidité des passagers : ceux-ci doivent renoncer à leurs "privilèges dépassés" pour assurer le succès collectif et ramener le navire à bon port.

Cette dramatisation n'est pas innocente. En effet, cette majorité se propose de prendre des mesures extrêmement dures à l'égard des travailleurs et il est essentiel pour elle de pouvoir justifier ces mesures sévères au nom de l'intérêt général.

Cette posture est-elle sincère ? Est-elle crédible ? Ni l'un, ni l'autre.

En effet, lorsque qu'on examine les mesures qui nous sont proposées dans cet accord injuste, on est d'abord frappé de constater à quel point ce catalogue de propositions ressemble au programme classique de la droite. Il n'y a rien de nouveau ou de surprenant, c'est la même logique et le même discours que celui porté par une Margaret Thatcher et un Jean Gol dans les années 80 :

• le système social coûte toujours trop cher,

• le droit du travail est toujours trop contraignant,

• les services publics sont toujours des obstacles au progrès...

Quand on lit ces platitudes, on a l'impression que le logiciel de la droite tourne encore sur un vieil Attari voire un Commodore 64.

Il n'y a rien de mal à rester constant dans le temps et les droites -qu'elles soient catholique, libérale ou nationaliste- peuvent éventuellement s'enorgueillir d'être restées fidèles à elles-mêmes. Mais, dans ce cas, elles ne peuvent pas faire semblant que c'est la crise financière ou le vieillissement de la population qui justifient aujourd'hui les mesures qu'elles proposaient déjà avant-hier.

Leur projet est un projet idéologique. Ce n'est pas une insulte, ni même une critique, c'est un constat.

Mais c'est l'examen concret des mesures proposées qui achève de nous convaincre de l'hypocrisie de cette dramatisation, de la malhonnêteté de cette posture. En effet, si le navire était si mal en point, on ne doute pas qu'un capitaine consciencieux serait attentif à tout faire pour le sauver. En particulier, ils demanderaient à tout le monde de faire le maximum d'effort. A tout le monde. Pas seulement aux matelots, pas seulement aux voyageurs qui séjournent dans les 2e ou les 3e classes. Tout le monde.

Que voit-on ici ? Qu'est-ce qui frappe au fur et à mesure que l'on parcourt les pages de ce texte ?

Les travailleurs doivent faire beaucoup d'efforts : qu'ils soient actifs, sans emploi ou pensionnés, ils doivent se serrer la ceinture, renoncer à leurs droits, travailler plus pour gagner moins. Les patrons et les riches par contre... rien. Au contraire, pour eux, on revient sur les efforts du passé et on leur fait des petits cadeaux.

Ce déséquilibre -parfois caricatural, parfois écoeurant- nous éclaire sur la sincérité de la mobilisation générale à laquelle on nous appelle. Votre truc, c'est du patriotisme d'abusés. Abusés les travailleurs qui vont voir leur pouvoir d'achat diminuer avec le saut d'index, abusés les fonctionnaires qui vont devoir travailler plus longtemps mais dont la pension va baisser malgré tout, abusées les femmes qui ont retrouvé un travail à temps partiel et dont on va couper les allocations,...

Il n'y a en réalité pas ici d'autres causes à sauver que les privilèges des forts, des riches et des puissants. C'est votre but, c'est votre cause, et vous avez aujourd'hui le pouvoir de la réaliser... Ne vous donnez plus la peine de faire semblant !

Monsieur le président, mesdames, messieurs,

C'est d'abord et avant tout le chapitre des pensions dont la lecture fut un choc. Alors que tous les partis de la majorité -tous- avaient assuré pendant la campagne que l'on ne toucherait pas à l'âge légal de la retraite, nous avons appris quelques semaines après les élections, que vous souhaitiez en fait relever celui-ci à 67 ans. Et vous en profitez pour durcir aussi les conditions de carrière. Quand on vous interroge sur ce paradoxe, vous nous parlez du "courage de réformer". Du courage ? C'est du courage le mensonge ? C'est du courage d'imposer à des travailleurs et à des travailleuses épuisés de rester actif au-delà de l'âge où ils peuvent raisonnablement exercer leur fonction ? C'est du courage de forcer une institutrice de 64 ans à s'occuper d'une classe de 30 marmots tumultueux ? C'est du courage de demander à un ouvrier de la construction qui a commencé à travailler à 18 ans de monter sur un toit au-delà de 60 ans ? Du courage ? Vous êtes indécents.

Nous sommes tous conscients qu'il est nécessaire d'augmenter la durée effective de la carrière.Nous y avons travaillé sous l'ancienne législature par des mesures qui n'étaient pas toujours faciles.Et le programme du PS proposait d'améliorer la formation continue, de travailler avec les employeurs pour améliorer les conditions de travail des plus âgés et de compléter le bonus pension qui joue sur le long terme par un bonus fiscal spécifique et immédiat pour les travailleurs âgés. Nous voulions réformer avec les travailleurs, pas contre eux. Vous, vous n'avez rien retenu de tout cela. Au contraire, vous limitez dramatiquement le crédit-temps fin de carrière -y compris pour des métiers pénibles comme les infirmières- et vous supprimez le bonus pension. Pour certains travailleurs qui faisaient le choix de travailler jusqu'à 65 an -les "bons élèves" donc- ce sera une perte de plus de 150€ par mois...

A nouveau, on s'attaque aux travailleurs alors que rien n'est fait pour obliger les employeurs à engager ou à garder les + de 55 ans dans leur entreprises.

Si rien n'est fait pour obliger les employeurs à conserver les travailleurs plus âgés, l'augmentation de l'âge légal de la pension ne fera que transférer une charge d'une branche de la sécurité sociale (les pensions) vers d'autres (l'invalidité, le chômage). Ça n'a aucun sens, même économiquement !

Les réformes proposées pour les pensions des agents des services publics ne sont pas moins surprenantes que le relèvement de l'âge légal. On parle ici de réformes dont l'effet cumulé pourrait réduire le niveau des pensions de plus de 25% pour certains d'entre eux. C'est un véritable hold-up que l'Etat s'apprête à faire sur ses propres agents. Qu'ont-ils fait de si mal ces agents pour que l'on puisse ainsi revenir brutalement sur les engagements que l'on a pris à leur égard ? Comment peut-on prôner le dialogue et la concertation sociale et mettre sur la table des propositions pareilles ?

Au niveau du chômage, la mesure la plus emblématique est sans doute ce concept bizarre de "services (obligatoires) à la communauté". Votre projet en la matière n'est pas très clair mais ce qui en ressort, c'est que vous proposez en fait de relancer les ALE mais de proposer désormais que les chômeurs qui seraient activés à temps partiel au sein de celles-ci n'aient plus, ni rémunération, ni statut et que l'on sanctionnerait celui qui refuserait de travailler ainsi gratuitement. Un travail sans salaire deviendrait ainsi un emploi convenable... que personne ne s'y trompe, cela concerne aujourd'hui les chômeurs mais c'est la notion même de travail et d'emploi qui est attaquée frontalement.

La mesure sur l'Allocation de garantie de revenus est moins "originale" mais pas moins dangereuse. En réduisant ainsi considérablement l'aide versée aux bénéficiaires -souvent des femmes qui travaillent par exemple dans la grande distribution- on risque de faire basculer de nombreux ménages dans la pauvreté sans que l'on comprenne vraiment quel est l'intérêt de la mesure.

Sur la liaison au bien-être, le texte brille par sa confusion. Cela doit être un négociateur CD&V qui l'a écrit. En effet, on proclame d'abord avec fierté que l'on va rétablir l'enveloppe à 100% -c'est-à-dire que l'on va appliquer la loi votée à l'initiative du PS et du SPA à la fin de la dernière législature- et puis on indique un peu plus bas que l'on va en fait neutraliser pour le calcul de celle-ci les allocations familiales... ce qui revient en pratique à amputer de 15% à 20% l'enveloppe. J'imagine qu'on nous dira que c'est 100% de ce qui reste...

En tous cas, cette enveloppe bien être était prévue dans la trajectoire budgétaire et dès lors elle ne vient en rien compenser le saut d'index sur lequel je reviendrai...

Mesdames et Messieurs

Personne ne comprendrait que je ne parle pas de la santé qui est l'or de notre pays. Notre système de soins est particulièrement performant grâce aux professionnels bien sûr mais aussi grâce aux normes, aux projets, aux financements que nous avons décidé année après année....

En la matière je veux souligner que votre programme de gouvernement s'inscrit très fort dans la continuité des précédentes législatures ; vous vous attendez à récolter les fruits de ce qui a été conçu auparavant (feuille de route eHealth, besoins médicaux non rencontrés, réforme du financement hospitalier, plan d'attractivité pour les infirmiers, cadastre des prestataires de soins...) et, quelque part, j'en suis heureuse et je ne peux m'empêcher de le prendre comme un hommage au travail accompli.

Mais ce qui m'inquiète évidemment c'est ce que vous ne dites pas : aucun chiffre, rien qui indique les économies que vous allez faire. Et des économies, malgré les dénégations des uns et des autres qui indiquent qu'on se contente d'adapter le budget à la croissance des dépenses, il y en aura. Comment pourrait-il en être autrement alors que, la croissance réelle des dépenses de ces 10 dernières années ayant été de 3%, vous vous apprêtez à diminuer la norme de croissance à 1,5% ? Qui plus est à partir de dépenses qui comportent déjà des économies (346 millions si l'on en croit la rumeur).346 millions en 2015 mais avec la norme à 1,5%, cela obligera les soins de santé à faire 1,5 milliard d'euros d'économies structurelles à l'horizon 2019. Et contrairement à l'accord de gouvernement "papillon", on ne trouve dans votre accord aucune garantie que ce milliard et demi ne sera pas pris dans la poche du patient !"

La vigilance sera totale pour qu'on maintienne un système de soins de grande qualité et très accessible. Je sais d'ailleurs qu'en la matière il y a encore des efforts à réaliser. Je salue dès lors votre volonté d'élargir par exemple l'interdiction des suppléments en chambre à deux lits à l'hôpital de jour.

Monsieur le Premier Ministre, mesdames, messieurs

Qu'en est-il de la compétitivité....

Pour qu'elle soit au beau fixe, encore faut-il essayer qu'elle s'appuie sur une concertation sociale optimale.

Le propre de notre modèle social est justement de permettre aux partenaires sociaux de définir les grands principes de la sécurité sociale et de la politique de l'emploi ; et votre gouvernement a bien conscience du caractère précieux de cette concertation sociale puisque vous écrivez noir sur blanc en page 3 de votre accord : "cette concertation sociale est, à tous les niveaux de négociations, un élément permettant de garantir la stabilité et la légitimité des réformes entreprises."

Non-Indexation, pensions rabotées, norme salariale, statut ouvrier/employé, heures supplémentaires dans l'Horeca, révision de la loi Renault, commission paritaire, prépensions,... la liste n'est pas exhaustive, mais dans tous ces dossiers, vous bafouez d'emblée la concertation sociale ! Vous imposez au mieux des concertations tripartites et au pire, vous vous substituez aux partenaires sociaux avant même qu'ils ne puissent trouver un accord.

Votre gouvernement risque une fois de plus de mettre en danger la paix sociale, ce que je ne souhaite évidemment pas, car cela agirait comme un boomerang sur la santé de notre économie.

Prenez le chapitre fiscal...

Le gouvernement nous présente au coeur de ses projets en matière de fiscalité, une belle et grande intention de réforme fiscale et de Tax shift.

Réforme fiscale : parlons-en justement....

Certains avaient promis monts et merveilles : une réforme fiscale d'envergure, avec une augmentation de la quotité exonérée d'impôt jusqu'à 13.000 euros et la suppression des tranches de d'imposition de 30 et 45% ... Une réforme à 20 milliards d'euros. Impayable évidemment. Nous l'avions dit... Mais c'était l'époque où vous rasiez gratis.

Et aujourd'hui, que reste-t-il de ces promesses ronflantes ?

Au lieu des grandes réformes annoncées, le gouvernement nous propose de rehausser les frais professionnels forfaitaires via une augmentation des accises sur le tabac et le diesel et des augmentations de tva. Pour le reste on verra plus tard nous dit-on... on étudiera la question...

C'est donc cela le grand tax-shift que le gouvernement propose?

La seule option réaliste pour opérer un véritable glissement qui aurait permis de diminuer les impôts qui pèsent sur les revenus du travail, c'était la taxation des revenus du capital et l'imposition des plus-values... C'est là que sont les plus importantes marges, c'est par cette voie que l'on aurait pu opérer un véritable glissement, sans toucher au pouvoir d'achat de la classe moyenne, sans mettre à mal notre économie...

Qui est assez naïf pour croire encore que si un signal clair n'est pas donné dans l'accord de gouvernement, la moindre initiative sérieuse sera prise en la matière ?

Il aurait sans doute fallu un peu de courage pour aller dans ce sens, dans la bonne direction..

Mais non, il ne fallait pas toucher à un tabou ; il fallait, même contre toute logique, même jusqu'à l'idiotie, ne pas toucher au veau d'or des plus-values... Et tant pis si cela aurait permis de rendre notre système fiscal plus équitable... "un régime progressif d'imposition des revenus suppose que les plus lourdes charges pèsent sur les épaules les plus solides".

Tu parles ! Et que les rentiers ne payent aucun impôt sur les ventes, même plantureuses, de leurs paquets d'actions, c'est équitable ?

Le gouvernement pense-t-il vraiment que le miroir aux alouettes de son impôt de transparence abuse quiconque ? Nous appuyons cette mesure, nous l'avions d'ailleurs proposée il n'y a pas si longtemps. Mais c'est une mesure de lutte contre la fraude fiscale et pas un impôt sur le capital !

Imposer les revenus du capital ? Au contraire, le gouvernement diminue les prélèvements en instaurant un système qui équivaut à réinstaurer un précompte mobilier de 10% sur certains dividendes.

Et dire que le conseil supérieur des finances avait estimé qu'un véritable tax shifting pourrait rapporter 4 milliards par an.... On aurait pu grâce à cela investir au profit des travailleurs et au profit des petites et moyennes entreprises....

De la même manière, ne doit-on pas s'étonner qu'un gouvernement qui prétend vouloir lutter contre la fraude, qui prône le renforcement de la collaboration entre les services d'inspection des SPF, éparpille bizarrement en son sein les compétences en matière de lutte contre la fraude fiscale et lutte contre la fraude sociale.

Etrange conception de l'efficience. Faites ce que je dis et pas ce que je fais...

Plus étrange encore, la lutte contre la fraude fiscale et la lutte contre la pauvreté relèvent de la compétence d'une même secrétaire d'état. Pure coïncidence bien sûr. A moins que pour certains, il n'y ait une corrélation entre pauvreté et fraude. Qu'est-ce que tous ces gens sans travail peuvent donc bien faire pour occuper leurs journées ??? C'est cela qu'il faut comprendre à demi-mot ?

Je suis également étonnée par les autres mesures de compétitivité.

En effet, à la lecture des propositions, on ne peut manquer de voir à quel point le projet qui nous est présenté ici est exclusivement pensé par et construit pour le patronat.

Il est par exemple frappant de voir que le salaire est toujours appréhendé comme un coût et jamais comme un revenu. C'est ce prisme patronal qui explique l'obsession du gouvernement sur ce point, pour lui, tous les moyens sont bons pour réduire les salaires. Le blocage des salaires réels d'abord, le saut d'index ensuite et enfin les modifications structurelles de la loi de 96 pour étouffer tout espoir de récupérer demain ce qui sera perdu aujourd'hui. Rien que le saut d'index, pour un salaire très moyen, c'est un holdup de 400 euros par an. ....qui sera perdu aujourd'hui.

Nous ne disons pas que la maîtrise des salaires ne se justifie jamais: lorsqu'un écart s'était créé avec l'Allemagne du fait de l'accélération de l'inflation chez nous, nous avons nous-mêmes accepté d'intervenir pour autant que l'on maintienne ‎l'indexation par ailleurs. Mais aujourd'hui, l'écart salarial se réduit et aucun élément objectif ne justifie que l'on empêche les salaires de progresser avec la croissance de l'économie. Votre posture est purement idéologique.

Les partis de droite aiment à vanter la valeur travail. Ils l'opposent volontiers à la culture de l'assistanat qu'entretiendrait l'Etat providence. Cette posture autour de la valeur travail se trouve clarifiée dans le présent projet : la droite aime le travail comme un concept mais elle n'a absolument que faire des travailleurs. Ceux-ci sont des instruments utiles qui doivent coûter le moins cher possible et, idéalement, avoir le bon goût de rester à leur place.

Pour nous, le travail doit idéalement être une source de réalisation personnelle pour le travailleur mais c'est à travers le statut qu'il offre et la rémunération qu'il génère que le travail est émancipateur. Cela n'a pas de sens de distinguer travail et salaire. Pour nous, votre guerre contre le salaire est, fondamentalement, une guerre contre le travail.

Une guerre qui se mène d'ailleurs sur plusieurs fronts. Parce que diminuer le salaire des travailleurs ne vous suffit pas, il vous faut aussi vous attaquer aux règles qui les protègent. Flexibilisation des horaires et du travail nocturne, accélération des procédures de licenciement, réductions des préavis, rétablissement de la période d'essai... il n'y a pas une revendication de la FEB que l'on ne retrouve pas, d'une manière ou d'une autre, dans votre projet d'accord. Toutes ces règles protectrices vous les présentez à sa suite comme des obstacles à la croissance et à la compétitivité. Vous n'évoquez même pas l'impact que ces changements pourraient avoir sur la qualité de vie des travailleurs. Vous ne les évoquez même pas. Votre indifférence à leur égard est sidérante.

A côté de ces efforts imposés aux travailleurs, l'Etat lui-même contribue à l'amélioration de la compétitivité en procédant à une réforme des cotisations patronales. Mais, ici encore, le choix des modalités de cette réforme est exemplaire : alors que toutes les études s'accordent pour souligner l'intérêt de concentrer les aides à l'emploi sur les publics moins qualifiés, qui touchent en général des bas salaires, vous avez choisi de ne rien prévoir pour eux et de consacrer toute votre enveloppe sur ceux dont le taux effectif est aujourd'hui supérieur à 25%, c'est-à-dire le milieu et le haut de la distribution salariale . Ce choix est incompréhensible.

En définitive, vous prétendez remettre à flot l'économie belge en imposant des efforts douloureux aux travailleurs et en faisant des cadeaux inutiles aux patrons. Et vous espérez que le public applaudisse votre "courage" ?

Vous avez aujourd'hui beaucoup de pouvoir, y compris celui d'être injuste ; mais je vous en prie, cessez au moins de prendre les travailleurs pour des imbéciles.

Monsieur le président,

Mesdames et messieurs,

Mes collègues interviendront largement sur les volets justice, sécurité et immigration.

On voit là la patte de la droite : une politique de sécurité qui vire à une politique sécuritaire où l'obsession de l'ordre prend systématiquement le pas sur le respect des libertés individuelles, où rien n'est dit ou si peu sur les politiques de réinsertion sociale dont pourtant nous avons tant besoin.

Je me permettrai juste de souligner deux éléments liés au département de la justice :

- "le gouvernement examinera de quelle manière la justice pourrait s'autofinancer davantage.

o Qu'est-ce que cette idée d'auto-financement ? Hormis la référence aux droits de greffe, le texte est muet. Sauf erreur de ma part, les recettes de la Justice tombent dans le "pot commun" du budget de l'Etat. Va-t-on faire une exception pour la justice, et la rendre otage de ses propres "recettes" ?

o Par ailleurs, l'augmentation des droits de greffe et de mise au rôle va défavoriser au 1er chef les personnes les plus pauvres, mais aussi les classes moyennes pour qui le coût de la justice est prohibitif.

o On peut légitimement se demander si l'objectif du gouvernement n'est pas en réalité d'appauvrir le pouvoir judiciaire ?

- Autre chose : avant les élections, un grand débat a réuni tous les partis à l'initiative du barreau, sur l'aide juridique.

Votre parti, Monsieur le Premier ministre, par la voix de Mme Marghem, avait promis des moyens supplémentaires pour sortir de la logique d'enveloppe fermée.

Pourriez-vous me préciser dans le texte de votre accord, comment vous comptez réaliser cette promesse ?

Avant de conclure, j'aimerais évoquer encore trois points particuliers de votre accord : la remise en cause de la sortie du nucléaire et la politique internationale de notre pays qui est également marquée par un sentiment de rupture.

Ce gouvernement prétend le contraire, mais il enterre bel et bien la sortie nucléaire. Vous faites croire que vous prolongez Doel 1 et Doel 2 pour répondre aux risques de pénurie d'électricité pour cet hiver et l'hiver prochain mais vous savez très bien que cette prolongation n'augmentera pas la sécurité d'approvisionnement dans les 2 ans à venir. Pourquoi prolonger de 10 ans ces deux réacteurs si ce n'est pour remettre en question la sortie du nucléaire ! Et mon groupe dénoncera cette prolongation qui nécessite de très lourds investissements qui se feront au détriment du maintien ou du développement d'autres sources de production non nucléaires. Je vous pose la question : quel sera le soutien de ce gouvernement aux centrales au gaz qui sont pourtant indispensables ? Quel sera le soutien de ce gouvernement pour le renouvelable ?

La prolongation de ces deux réacteurs est un mauvais signal donné aux autres investisseurs qu'Electrabel dans le cadre du développement du mix énergétique !

Ensuite, pour mon groupe, votre approche de l'international se résumera désormais à du "va-t 'en guerre" et à des relations économiques. L'humanitaire, la solidarité internationale et l'aide aux populations sont eux passés sous silence. La coopération au développement se résumera désormais à une lutte contre l'immigration et se doit - je cite - d'apporter une "valeur ajoutée [...] à nos entreprises" pendant que pas une ligne ne parle de lutte contre la faim dans le monde par exemple.

En défense, les premières mesures annoncées s'inscrivent dans une conception d' "attaque" plutôt que de Défense :

? Retrait de notre mission ONU de déminage au Liban pour par contre retourner avec l'OTAN en Afghanistan ;

? Annonce de l'achat d'avions de chasse avant même de définir la moindre stratégie sur le long terme tant dans une coordination européenne que dans la recherche de retombées économiques pour notre pays pendant que l'on demande aux citoyens de se serrer la ceinture ;

? Fermeture évoquée de l'hôpital militaire qui pourtant joue un rôle crucial dans le secteur des soins de notre pays et aurait pu jouer un rôle extrêmement important dans la crise Ebola ;

Comment peut-on poser de tels choix, alors que les besoins humanitaires n'ont jamais été aussi criants comme l'illustre la crise Ebola et qu'une Europe de la Défense s'impose pour faire face aux défis du 21ème siècle ? Comment se voiler la face sans reconnaitre que ces mêmes besoins humanitaires cachent des risques sécuritaires et de déstabilisations géopolitiques majeurs contre lesquels aucune bombe n'apportera de solution ? Comment expliquer, alors que notre armée dispose en son sein de l'expertise et du matériel nécessaire que RIEN ne soit fait pour lutter contre des crises sanitaires comme Ebola.

Le "Let's go" de certains lors du départ en Irak prend ici tout son sens et me fait peur.

Dans cette vision, la diplomatie de notre pays risque de devenir le parent pauvre du gouvernement fédéral où, ici encore, c'est l'approche sécuritaire et économique qui prévaut.

Notre pays était petit par sa taille mais grand par ses relations internationales, diplomatiques et son aide humanitaire. J'espère qu'il ne deviendra pas désormais un acteur atlantiste aveugle au nom de l'intérêt du marché et des actions qui rapportent à court terme.

Enfin, je reste stupéfaite du peu de cas que vous faites dans votre déclaration sur la place de la Capitale de ce pays : Bruxelles.

Quelques mots à peine.

Non pas pour lui garantir son statut et ses moyens de Capitale du pays.

Non pas pour indiquer une quelconque volonté de mener avec les décideurs régionaux quelques grands projets pour assurer son rayonnement international.

Non : vous en parlez dans le chapitre secteur financier : banques et assurances.

Votre seule ambition pour Bruxelles, est d'en faire un centre financier qui doit, je cite :" répondre aux besoins du monde des entreprises et des prestataires de services financiers.

Quel manque de considération pour cette région et pour ses habitants.

Est-ce là, encore, l'influence du grand architecte de votre accord, l'Anversois qui comme chacun sait, n'en a rien à faire de la Capitale de ce pays !!!!

Monsieur le premier Ministre,

J'ai dit que par votre gouvernement, par vos choix, mais aussi par vos silences, la Belgique rentrait dans une zone de turbulences.

Je ne m'en réjouis pas.

J'aime comme vous mon pays, qui a pu construire sur base d'un corps de valeurs fortes, un modèle économique et social, qui l'a porté à un des meilleurs classements sur l'échelle mondiale du bien-être.

On peut et on doit toujours mieux faire. Développer plus la solidarité vis à vis des hommes et des femmes qui connaissent des difficultés de vie, soutenir mieux encore les travailleurs et les petites et moyennes entreprises qui sont la sève de notre économie.

Mais pour y arriver, tout en respectant les échéances de retour à l'équilibre, il ne fallait pas une politique de rupture - comme vous le proposez - qui risque de casser toutes les évolutions construites au fil du temps.

Le courage ce n'est pas d'être un béni oui-oui de l'idéologie libérale développée notamment par le FMI.

Le courage, ce n'est pas de demander aux plus faibles de participer plus que les autres à l'allègement de notre déficit.

Le courage, ce n'est pas de se donner à un parti qui menace notre avenir commun.

Le courage, ce n'est pas de vouloir le pouvoir à tout prix.

Vous faites fausse route, Monsieur le Premier Ministre.

L'opposition socialiste va se déployer pour vous le rappeler.

Nous n'allons pas faire aujourd'hui ce que nous avons condamné hier.

Nous n'allons pas tout à coup nous perdre en vociférations démagogiques et populistes.

J'ai toujours eu une sainte horreur des "il n'y a qu'à". Je ne change pas d'avis.

Le PS veut constituer une opposition qui dénonce quand cela est nécessaire mais qui débat aussi, qui propose et qui soutient ce qui doit éventuellement l'être.

Bref, en vous refusant la confiance, le PS est prêt pour une opposition de résistance et d'espoir.

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